La fabrique à broyer des vocations

Mon statut de remplaçante « volante » a cet avantage qu’il me permet de rencontrer beaucoup de collègues très différents en peu de temps.

Dernièrement j’ai croisé plusieurs TZR comme moi. Enfin, depuis plus longtemps que moi. Ce sont tout de même de jeunes profs. Et cela me frappe de retrouver à chaque fois la même lassitude, la même désillusion, alors qu’ils ne devraient pas être encore usés par la profession. Je suppose qu’on les retrouve aussi chez certains jeunes collègues en poste fixe, mais pour être honnête je n’ai pas croisée de jeunes collègues en poste fixe.

Cette collègue elle aussi TZR m’a beaucoup marquée. Nous avons longuement discuté sur le parking, rejointes à certains moments par des collègues de l’établissement. Sa vie n’a pas été facile. Elle vous balance l’horreur de ses jeunes années avec un immense sourire et une jovialité déconcertante. Elle possède une telle force de caractère, acquise face aux épreuves, et en même temps une telle volonté d’avancer, ça force le respect. Nous parlons de notre parcours, elle me raconte l’IUFM : elle y a rencontré d’excellents formateurs, qui les poussaient à essayer, se tromper et retenter. Certains cours ont été pour elle une révélation et lui ont donné une formidable envie d’aider les élèves, de les accompagner et de lutter contre le défaitisme. Elle me raconte des projets qu’elle a mené, des parcours d’élèves qu’elle a soutenu, des séances magiques qu’elle a eu à droite à gauche. Dans sa bouche mon métier me parait si formidable, je me retrouve quelques années en arrière, quand je m’imaginais un jour prof. Je l’admire cette collègue, après ce qu’elle a vécu avoir une telle énergie et vouloir tant apporter aux autres c’est chouette.

Et elle termine notre discussion avec ces mots : « Ça fait 4 ans que j’enchaîne les remplacements et que je me fais balader même si on apprécie mon travail. Je suis fatiguée à présent et je ne pense plus continuer longtemps ».

C’est brutal. C’est inattendu. C’est un tel gâchis! Je suis furieuse, mais je la comprends. Foutue résignation acquise.

L’éducation nationale a cela d’extraordinaire qu’elle parvient à broyer même les meilleures intentions de personnes ayant choisi ce métier par vocation.

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5 réflexions au sujet de « La fabrique à broyer des vocations »

  1. Bonjour.

    Je suis Brigade (ZIL) soit l’équivalent des TZR dans l’élémentaire en ECLAIR. Ce poste, je l’ai choisi car j’aime bouger et rencontrer du monde. Ça fait trois ans que je suis dans l’éducation nationale et je n’ai fait que ça. Par contre dans 2 milieux différents: ma première année en banlieue chique de Lille et maintenant dans une des villes les plus pauvres de France.
    Je ne remets pas en cause mon poste mais la façon où (certains) supérieurs exigent l’impossible au lieu de se rendre compte qu’il y a de sérieux problèmes organisationnels.

    Certains sont titulaires secteur ou de circo (ils tournent à l’année sur des quart-temps ou autres) d’autres sont ZIL comme moi… Moi ce qui me pèse n’est pas la nature de mon poste que j’adore, mais bien ce mammouth administratif qui fait que l’on ne peut pas penser pédagogie ou gestion de classe sans devoir remplir des tonnes de papiers ou devoir constamment se justifier… et sans forcément toujours être soutenu par sa hiérarchie… ni même écouté.

    Chacun ses déceptions… mais il est vrai que beaucoup ne finissent pas leur carrière dans l’éducation nationale et des fois je me pose la question tout en étant conscient que j’ai fait le bon choix! (Paradoxal non?)

    • Pour cette collègue, la fatigue vient justement de ce côté « administratif » : changer constamment de fonctionnement (appel, discipline, locaux, matériel), de collègues (savoir qui contacter en cas de problème), de direction, etc… Mais aussi du manque total de reconnaissance. Elle s’est énormément impliquée dans de nombreux projets, sans même un remerciement de ses collègues (qui se sont parfois attribués ses réussites devant les inspecteurs) ou d’élèves puisqu’elle les quitte subitement en général.
      Pour ma part c’est l’impossibilité de faire mes propres cours et de devoir me plier à la pédagogie des autres que je vis mal. Comme si je n’étais pas assez bien pour faire mes propres cours. Et voir des gamins paumés par un fonctionnement qui ne leur correspond pas, sans pouvoir intervenir plus de 2-3 semaines pour les aider c’est douloureux.
      Dans les deux cas nous n’avons absolument pas choisi ce poste. Nous sommes de jeunes titulaires (environ 5 ans d’exercice) :s Peut-être qu’avec plus d’expérience on peut être attiré par ce type de poste, qui était autrement réservé à ceux qui le demandaient. Mais je ne vois pas comment on peut apprécier cela au long terme lorsque l’on débute sa carrière. Aucune fixité, aucun retour sur ses pratiques, des habitudes sans cesse cassées. Des conditions difficiles en somme, et imposées.

  2. Il n’y a pas que les jeunes profs qui sont TZR. J’ai 61 ans et je suis TZR depuis 9 ans. Une grosse déprime en début d’année scolaire car je ne supporte plus ce statut dévalorisant. D’habitude on commence une carrière comme intérimaire pour passer ensuite à un CDI, pas le contraire.

    • Je dois avouer que je n’en avais jamais croisé de plus de 40 ans. Sincèrement désolée pour votre situation. En effet ce statut est dévalorisant à cause du regard des collègues, du peu d’égards auxquels on a droit, et souvent de l’incapacité de pouvoir exercer son métier comme on le souhaite. Courage pour la suite.

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