Le bonheur d’être TZR 3

Mes efforts pour modifier mon affectation ayant abouti, j’ai été renvoyée sur le poste le plus courant pour les TZR : l’enchainement de suppléances.

Je dois avouer qu’après mes deux ans sur poste à l’année, j’avais un peu pris mes aises et je m’étais habituée à mon petit confort. Mais depuis quelques semaines je retrouve la réalité du (sous) métier :

– apprendre lundi 16h30 alors que je fais mes heures dans son établissement de rattachement que j’effectue en fait une suppléance depuis 8h dans un autre établissement. Je développe donc un don d’ubiquité à l’insu de mon plein gré.

– être reçue chaleureusement mardi par le proviseur, soulagé d’avoir une remplaçante. Le saluer le vendredi de la même semaine et l’entendre demander à son adjoint qui est cette élève qui est venue lui serrer ainsi la main…

– entendre un doux « t’es qui? » en salle des profs, avec un air parfaitement hautain et dédaigneux.

– se voir gratifier d’un « pourquoi tu veux voir le CPE, t’es en quelle classe? » à la vie scolaire.

– savourer la différence de traitement dans les établissements : ICI seuls les profs « résidents » ont un code de photocopieuse, les autres (c’est-à-dire les remplaçants, qu’ils soient vacataires, contractuels ou titulaires, ou les assistants) n’ont le droit qu’à une carte donnant accès à une vieille photocopieuse aussi souvent en rade que les effaceurs des élèves. LA il y a tellement de remplaçants à gérer qu’on ne prend pas le temps de connaitre mon nom, de toute façon je ne vais pas rester n’est-ce pas…

– avoir le bonheur d’apprendre que la secrétaire n’a pas le temps de s’occuper de mes ISSR (Indemnités de Sujétion Spéciale de Remplacement, versées notamment pour couvrir les frais de déplacements) et que je serai donc payée au mieux dans 4 mois, si elle trouve un moment pour regarder ça entre deux cafés.

– développer sa mémoire pour retenir à chaque nouvel établissement X noms de collègues, X noms de la direction, un code pour ouvrir les pc, un code pour entrer dans pronote et faire l’appel ou rentrer les notes, un code pour ouvrir le portail en dehors de l’interclasse, un code photocopieuse, etc.

– rêver que votre casier va s’autodétruire et faire exploser tout le lycée si vous ne retrouvez pas le 1er code d’accès au réseau avant modification de votre précédente suppléance (très angoissant).

– découvrir le fonctionnement du labo, différent bien sûr dans chaque établissement, sinon ce n’est pas drôle. Et surtout supporter les remarques piquantes des collègues ou aides labo parce qu’on a indiqué qu’on réservait la salle info seulement sur le cahier de labo et le tableau d’affichage en oubliant le planning de la salle info dans le 5ème placard de la 2ème pièce du labo (mais que suis-je bête vraiment !).

– découvrir le fonctionnement de la vie scolaire pour l’appel, allant du tout numérique sur pronote avec parfois un réseau qui plante (donc aucune liste disponible puisque TOUT est numérisé) à l’appel papier à chaque heure à faire en trois exemplaires sans papier carbone bien sûr puisque sous trois formats différents.

– s’émerveiller devant l’éventail des « politiques de punitions » comme l’un entretien avec le/la CPE pour port de casquette dans un couloir, ou un autre CPE qui vous explique que les mots dans le carnet et les heures de colles ne servent à rien et qu’il faut appeler tout simplement les parents à chaque incident (donc aucune gradation et surtout aucune trace des différents incidents durant l’année).

Bien sûr mes collègues en poste fixe connaissent une bonne partie de ces subtilités, mais ils n’y sont confrontés en général qu’une fois tous les 1/2/3/X an(s), lors des rentrées ou changements d’établissement, alors que le TZR a l’immense chance de revivre la rentrée plusieurs fois par an.

Les excellentes contre-parties sont que l’on optimise prodigieusement ses capacités d’adaptation, que l’on découvre plusieurs façons d’enseigner ou gérer les élèves, et que lorsque cela se passe mal avec un établissement on se console en se disant que l’on n’y reste plus pour longtemps.

Et puis surtout, la plus grande consolation est de se dire que tous les efforts déployés seront un jour récompensés en obtenant le sacro-saint poste fixe! Jusqu’au jour où l’on rencontre des collègues TZR depuis 12 ans, alors qu’ils sont mariés et ont plusieurs enfants, ne parvenant même pas à obtenir un poste fixe dans les ZEP les plus reculées de l’académie…

Mais comme diraient certains de mes très chers collègues avec un peu de bouteille et n’ayant jamais été TZR : « ça doit être chouette de faire des remplacements à droite à gauche, sinon tu n’aurais pas choisi d’être TZR hein? ». Mais oui, c’est bien connu, C’EST UN BONHEUR D’ETRE TZR!

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4 réflexions au sujet de « Le bonheur d’être TZR 3 »

  1. Je ne peux que t’envoyer du courage, en tant que contractuelle je n’ai jamais rencontré de difficulté à m’intégrer dans un bahut, incroyable que tu sois traitée ainsi, on fait tous le même métier, et les contractuels, vacataires et TZR doivent fournir plus d’efforts que les profs en postes fixes, ce n’est pas normal surtout que dans TZR y’a titulaire quoi.
    Être sur 2 établissements j’ai connu ça, c’est du sport !
    On chie clairement dans la colle dans l’éduc nat, mais on est apparemment pas tombés assez bas…
    Encore tout mon courage.

    • Les « remplaçants » (tout statut confondu) doivent non seulement fournir plus d’effort, ou du mieux travailler dans des conditions plus dégradées, mais en plus n’en tirer aucune amélioration à venir.
      Faire des efforts pour se faire traiter de plus en plus mal, à quoi bon?

      • Ui à te dégoûter du métier. On va droit dans le mur, les profs nous le constatons que trop, mais notre administration continue à ignorer que l’on court à notre perte.
        Pffff, courage !

      • Les personnes qui me gèrent savent parfaitement dans quelles conditions je travaille, mais elles s’en fichent complètement (cf le billet « Il faut se battre »). Je suis remplaçable.

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