Ces enfants mal aimés

En fait ce n’est pas ce que vous croyez. Je ne parle pas des enfants qui ne sont pas aimés par leurs parents, mais ceux qui pâtissent d’un amour sans limite.

Lorsque j’en croise je suis parfois aussi révoltée que pour des enfants « abandonnés ». Dernièrement j’ai eu le cas de Marie.

Marie était mon élève l’an dernier, j’étais sa prof principale (PP). Début de l’année très timide, puis les résultats chutent rapidement au second trimestre et quelques absences apparaissent. Je convoque la famille pour tirer la sonnette d’alarme : Marie a chuté à moins de 7 de moyenne, il faut se ressaisir. Je pensais qu’une fois au fond du trou, avec les parents prévenus, elle allait remonter, et bien non, elle a choisi la tactique de l’autruche et a creusé encore et encore, jusqu’à atteindre à peine 4 de moyenne. Et tout ça non pas à cause de difficultés, mais d’un manque de travail évident. Enfin manque… je dirai plus une absence de travail. Et il y avait les absences aussi, de plus en plus nombreuses, régulières, surtout les journées de DS…

Ma classe l’an dernier était compliquée à gérer. J’ai eu des redoublants en perdition et je me suis donc plus concentrée sur eux, qui risquaient de quitter le lycée sans rien. J’avais tout de même recontacté les parents de Marie, mais j’avais refilé le « bébé » à mon proviseur. En gros il était convenu que Marie avait pris une année sabbatique et se remettrait donc au travail l’an prochain, en redoublant sa seconde générale. Les parents n’étaient pas contre la voie pro puisque le grand frère de Marie y est, mais Marie elle ne voulait pas.

Un truc me chiffonnait quand même avec Marie. Son absence totale d’émotion face aux notes hallucinantes qu’elle amassait. L’absence de réaction des parents aussi. J’aurai très bien pu leur annoncer que tout allait bien, j’aurai eu la même réaction. Mais bon j’étais trop occupée par un autre cas inquiétant pour creuser davantage, et puis Marie n’avait pas de réelles difficultés, je lui ai fait confiance.

Cette année j’ai encore Marie, mais seulement en classe, plus en PP. L’année a démarré de la même manière, mais les absences sont devenues une habitude beaucoup plus rapidement. J’ai alerté le PP et lui ai raconté l’année précédente de Marie. En conseil de classe, voyant les résultats chuter et les absences être inversement corrélées aux résultats, l’équipe pédagogique a réclamé un entretien entre Marie et l’infirmière. Nous commencions à nous inquiéter sérieusement.

L’infirmière nous indique que Marie n’a aucune pathologie grave. D’ailleurs elle est souvent absente pour « maux de tête » ou « mal au ventre », sans certificat médical. L’infirmière nous renvoie donc ce cas sans explication, même pas de suspicion de phobie scolaire, Marie a des copines au lycée et ne semble pas déprimée ou angoissée, bien au contraire.

Les choses ne se sont pas arrangées par la suite, Marie était de plus en plus absente, au moins 4 jour par semaine… Les résultats deviennent catastrophiques, pires que l’année précédente. Je reçois un jour un mail de notre proviseur nous informant que Marie va quitter le lycée pour faire une formation, qu’elle doit trouver une personne pour signer sa convention de stage et la former et qu’en attendant cela elle doit revenir en classe et justifier toute absence. Suite à cela j’ai revu Marie 2 fois en classe, puis plus rien.

Au conseil de classe de second trimestre, les délégués nous demandent s’ils doivent prendre les informations sur Marie vu qu’elle est partie pour sa formation. Le proviseur leur répond qu’aucune convention de stage n’a été signée, Marie n’est pas en formation, elle est juste absente. Silence lourd dans la salle de conseil.

En croisant le PP de Marie cette année j’ai eu le fin mot de l’histoire. Marie est à présent déscolarisée et signalée comme telle à l’inspection générale. Personne n’a souhaité la prendre en formation vu qu’elle ne montrait aucune motivation. Marie n’ a aucun soucis de santé, aucune phobie, rien. Mais l’an dernier elle a trouvé le lycée un peu dur par rapport au collège et s’est rendue compte que lorsqu’elle disait avoir mal au ventre sa maman lui faisait un mot d’excuse. Alors Marie a eu de plus en plus souvent mal au ventre… Cette année son papa a bien senti que ça ne le ferait pas et que son avenir était en péril, mais sa maman refuse catégoriquement de « forcer » sa fille à aller au lycée ou en formation. Donc Marie ne fait plus rien, sauf rester à la maison.

Je suis en colère contre cette maman qui a cédé à tous les caprices de sa fille et l’a conduite droit dans le mur. Bien sûr certains s’en sortent même sans diplôme mais pas sans aucune motivation pour rien. Plus grave, Marie n’est pas seulement déscolarisée, mais aussi « désociabilisée » : j’ai demandé ce que devenait Marie à sa super copine de classe et cette dernière m’a répondu ne plus la voir depuis qu’elle ne venait plus au lycée. Plus personne n’a de nouvelles, d’où l’étonnement des délégués lors du conseil de classe. Marie n’est donc plus dans notre lycée, nous ne pouvons plus rien faire pour elle, nous ne pouvons qu’espérer que les choses finiront bien.

Je ne comprends pas qu’on puisse ainsi bousiller la vie de ses propres enfants. Les aimer ne veut pas dire les laisser faire tout ce qu’ils veulent, bien au contraire. Marie risque de chercher quelqu’un qui lui mettra des limites toute sa vie. Et malheureusement elle n’est pas la première ado que je vois dans ce cas.

Céder à tous les caprices d’un enfant devrait être considéré comme de la maltraitance.

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