L’amour de notre matière

Un jour j’ai entendu à la radio que les professeurs choisissaient souvent leur métier pour l’amour de leur matière avant même l’envie d’enseigner. Si on me demandait si je préfère ma matière ou enseigner, j’aurai bien du mal à répondre… surement autant l’un que l’autre. Cependant depuis que je suis rentrée dans l’EN, je suis forcée d’avouer que je n’enseigne pas vraiment la biologie que j’aime. Quant à la géologie, je n’ai jamais vraiment aimé, il faut parfois me forcer pour l’enseigner, même si je commence à apprécier légèrement.

Alors que s’est-il passé?

Déjà on n’enseigne plus aujourd’hui comme on a soi-même appris, ni ce que l’on a soi-même appris. Et puis les nouveaux programmes sont aussi passés par là.

Mon impression (qui vaut ce qu’elle vaut) c’est qu’à force de vouloir faire des têtes bien faites au lieu de têtes bien pleines, on oublie d’apprendre l’essentiel, on se limite à des concepts qu’il faut comprendre. Par exemple les élèves de seconde savent (normalement) ce qu’est un écosystème, connaissent (normalement) les concepts de producteurs et productivité primaires, ont appris le rôle de la photosynthèse dans le fonctionnement de l’écosystème et dans le cycle du carbone, etc., mais ne connaissent presque aucune espèce d’animaux ou de végétaux de leur région. Je connais peu d’élèves capable de reconnaître les arbres les plus courants ou les oiseaux des jardins. C’est bien triste. La biologie que l’on enseigne me semble trop abstraite, elle ne captive plus. Pourtant je me souviens de l’émerveillement en primaire lorsque l’on faisait pousser de simples graines de haricots, ou lorsque l’on voyait des têtards se transformer en grenouilles. Où est passé cet émerveillement? Les élèves semblent blasés, ou plutôt gavés, par le flot continuel de nouvelles connaissances abstraites qu’on leur fait ingurgiter en un temps record.

Je n’aime pas cela. Pour moi les sciences doivent être avant tout concrètes, et utiles pour la vie de tous les jours. Celles que j’enseigne ne me permettent pas de transmettre ma curiosité et ma fascination pour le fonctionnement du vivant, ou si peu. Je trouve qu’elles ne sont pas adaptés au niveau de maturité de nos élèves. Même si elles seront souvent utiles pour leur vie adulte, elles sont apportées trop tôt, de manière trop complexe. Bien sûr j’essaie de faire passer ma passion, d’étudier des cas très concrets. Mais pour le faire correctement, pour que les élèves touchent au fond des choses et comprennent vraiment, il faut du temps. Ce que je n’ai pas.

Est-ce que l’enseignement s’est adapté à notre société de consommation toujours plus pressée engendrant des générations de zappeurs? Si c’est le cas c’est bien triste.

Je ne sais pas encore comment faire. Comment enseigner la biologie qui me passionne tout en respectant le sacro-saint programme? Je trouverai peut-être un jour. Peut-être est-ce moi qui n’enseigne pas comme il faut, qui n’ai pas compris comment conjuguer ma passion et les exigences de l’EN. Mais si c’est bien cela alors c’est parce qu’on ne me l’a pas appris. Décidément, est-ce qu’on nous apprend vraiment ce dont on a besoin?

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Une réflexion au sujet de « L’amour de notre matière »

  1. Tout à fait d’accord avec vous!! J’enseignais l’histoire/géo et à la fin moi meme je m’ennuyais, difficile de faire comprendre aux élèves combien cette matière est passionante quand les programmes sont aussi c….

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